Un chat ingrat - Nancy Salas

Mon blogue

Un chat ingrat

J’étais dans mon bain, agrémenté d’eau de fleurs d’oranger et d’huile de rose musquée, et j’ai entendu la porte de la salle de bains s’ouvrir. C’était mon chat, Agamemnon, qui venait boire son eau. Il a une habitude bien ancrée de ne boire que dans cette pièce. Au début, quand il était petit, il ne voulait boire que dans la baignoire ou dans la toilette. J’ai progressivement déplacé le bol d’eau et je l’ai placé sur le rebord de la baignoire. L’animal s’est adapté à cette situation. Il n’a, par contre, jamais accepté que je déplace l’écuelle dans un autre lieu. J’ai tenté de la mettre dans la cuisine, ou même sur la terrasse, en été. Jamais il n’a bu ailleurs que dans la pièce où je me lave. Parfois, il se couche sur la serviette de toilette que j’avais préparée pour la sortie de mon bain. 

Le félin a des poils mi-longs, qu’il perd en abondance au printemps. Les longs poils blancs décorent alors la serviette, auparavant d’un rose fuchsia. Je la secoue en maugréant, mais Agamemnon n’est pas réceptif à mes vociférations. La plupart du temps, il se retourne d’un air blasé et il sort, sans plus de manières. Il parvient à m’agacer quand je suis parfaitement propre et que j’ai une partie de son pelage qui se colle sur ma peau. Ce fut Noémie qui fut étonnée de m’entendre parler aussi durement à mon animal de compagnie. Je lui ai alors raconté le récit des exploits de mon chat. Il avait décidé que mon tiroir de sous-vêtements était l’endroit idéal pour se reposer. 

J’avais un message à lire de la part d’un entrepreneur construction. Tout à coup, j’ai vu que l’heure de me préparer à sortir était arrivée. Noémie devait passer me prendre et nous retrouvions nos autres amis pour une soirée dans un restaurant nouvellement ouvert. Je l’avais trouvé dans ma lingerie fine, roulé en boule, et j’avais eu une peur terrible, car j’avais plongé la main dans le tiroir, puis senti une fourrure chaude et vivante, j’ai donc crié. Je me suis aperçue la seconde suivante que mon chat était la cause de ma frayeur. Il a déguerpi sans autre forme d’excuse. Le satin de mes combinaisons était froissé, le pelage blanc s’était déposé dans mes nuisettes, et j’avais des soutiens-gorge abîmés. J’étais hors de moi. C’est dans cet état que me trouva mon amie, et j’ai mis au moins une demi-heure à me calmer.